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Lettre du Maire - mai 2003

Retraite : quelque soit notre statut, nous sommes tous concernés.

Le gouvernement tente la division et l’opposition fonction publique contre secteur privé. Le problème ne se pose pas en termes de statut mais bien d’une manière générale à l’ensemble des salariés. En effet, il est clair qu’après avoir réglé la question des retraites du "privé", le gouvernement entend s’attaquer à celle de la fonction publique et des cheminots.
La fonction publique, les cheminots, la RATP ont su faire face à cette division et ont anticipé pour que le mouvement, d’une ampleur sans précédent, fasse plier le gouvernement et le MEDEF. D’autres solutions sont possibles.

Le projet gouvernemental

- augmentation pour tous, public et privé, de la durée de cotisations jusqu’à 42 années (celui qui commencera à travailler à 25 ans et qui connaîtra quelques années de chômage a de fortes "chances" de prendre sa retraite à l’âge de 70 ans),
- baisse des pensions de 30 à 40 %,
- marginalisation de la répartition,
- développement de la capitalisation (compagnies d’assurances, fonds de pension, etc.)

Remarques

- Les cotisations patronales n’augmentent pas depuis 1979 alors que les profits ne cessent d’augmenter.
- Seules les dépenses des ménages financées par les pouvoirs publics augmentent sensiblement depuis cette période de référence (1979).
- La durée des études scolaires a doublé depuis 50 ans, avec une forte accélération depuis cette même période de référence.
- Depuis 1976, augmentation constante du pouvoir d’achat du capital investi en obligations et actions.

La notion d’épargne (retraite par capitalisation) renvoie à des conceptions que nous combattons :
- Conception de "l’équité intergénérationnelle" selon laquelle une génération doit retrouver sous forme de pensions de retraite ce qu’elle a versé sous forme de cotisations.
- Conception de la "neutralité actuarielle" chère au MEDEF qui fait dépendre la retraite de l’espérance de vie, selon les mécanismes de l’assurance : si je peux vivre un an de plus en retraite, alors je dois cotiser un an de plus. Ce thème vise à justifier le recul de l’âge de la retraite.

Nous soutenons les propositions suivantes :

- Solidarité entre actifs et retraités (le retraité acquiert ses droits en fonction de ce qu’il a cotisé lorsqu’il était actif, mais il est payé avec l’argent des cotisations des actifs).
- Taxation des produits du capital (qui sont considérables).
- Même taux de la cotisation pour tous.
- Indexation des retraites sur les salaires.

Ces propositions correspondent à ce qui se fait davantage dans les régimes spéciaux du secteur public dits "statutaires". Alors que les retraites du secteur privé restent en partie marquées par les conceptions des assurances sociales d’avant-guerre où la retraite n’est pas définie comme un droit tenant au statut de salarié, mais comme une assurance couvrant un risque : celui de la perte d’emploi en raison de l’âge.
Le projet de loi sur les retraites doit être combattu avec force pour que nos enfants aient, au moins, les mêmes avantages que ce que nous connaissons aujourd’hui. Nous n’avons pas le droit de laisser imposer aux générations futures une régression sans précédent alors que des sommes considérables alimentent chaque jour les marchés financiers sans pour autant servir l’économie nationale ou internationale.
Nous devons exiger que l’Homme, et non pas les revenus financiers, soit placé au centre de toutes les préoccupations.

Décentralisation et démantèlement du service public

Le projet de loi dite "relative à l’organisation décentralisée de la République" implique une révision constitutionnelle pour laquelle, l’année dernière, le candidat à la présidentielle, Jacques CHIRAC, promettait un référendum. La promesse, comme beaucoup d’autres, n’a pas été tenue et ce sont les parlementaires réunis en Congrès à Versailles, le 17 mars dernier, qui donnent leur aval. Rien à voir avec le souci de renforcer la démocratie, comme le prétend le premier ministre, Jean Pierre RAFFARIN qui se refuse à ouvrir un débat national sur le sujet qu’aurait permis le référendum promis.
Prochaine étape, donc, en juin, avec l’examen par le Parlement et le Sénat des lois organiques précisant les transferts de compétence et les domaines d’expérimentation retenus. Ces lois organisent, entre autres, le déplacement de quelques 150 000 fonctionnaires et de responsabilités aussi importantes que la santé et l’éducation, de l’Etat vers les Régions, Départements et Communes. Il faudra attendre juin pour en connaître le détail et le financement. L’inquiétude la plus vive est justifiée quant aux transferts des moyens financiers. Le texte modifie, en effet, la cohérence nationale avec l’objectif d’adapter les structures territoriales aux exigences des milieux financiers nationaux et européens. Le MEDEF ne cache pas, d’ailleurs, son enthousiasme. Rien à voir avec la nécessaire démocratisation inventant une nouvelle fiscalité locale pour mieux répartir les ressources et rapprochant les citoyens des lieux décisionnels.

La décentralisation voulue par le Gouvernement se coule parfaitement dans le processus de mondialisation libérale en épousant sa logique qui, partout, pousse à moins d’Etat et de service public.

On peut le dire, car c’est bien là la réalité, que l’Etat va :
- imposer des charges financières supplémentaires aux collectivités locales sans leur transférer la totalité des budgets s’y rapportant,
- obliger ces mêmes collectivités locales à augmenter leur fiscalité pour faire face à ces transferts si elles veulent assurer le même service en direction de la population,
- démanteler la cohérence de l’Education Nationale et créer une école à plusieurs vitesses suivant le lieu géographique où elle se trouve. Ce projet est inacceptable car il va, d’une manière générale et durable, renforcer les inégalités entre les territoires et leurs habitants. C’est le fondement même de "la République une et indivisible" qui est remis en cause.

Face à cet enjeux de société sans précédent, je soutiens avec l’ensemble de la municipalité le mouvement exemplaire des enseignants et j’invite les parents d’élèves à ne pas se laisser prendre par cette manœuvre grossière et sans cesse répétée qui consiste à toujours désigner un bouc émissaire (en l’espèce les grévistes) pour mieux accomplir la basse besogne : en l’occurrence la casse du système de retraites et le démantèlement du système éducatif français. La mobilisation doit être à la hauteur de l’enjeu.

René Balme, Maire de Grigny
le 21 mai 2003

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